mercredi 2 novembre 2011

Liban : un patrimoine phénicien en danger

Qui a dit que plus l'Homme avance dans l'ère des civilisations, plus il est moins soumis à ses actes de barbarie ? Que plus il s'instruit et se cultive, plus il a le respect de son Monde et apprends à ses enfants ce même respect.

Bien sûr, il va de soi que l'on ne peut qualifier de "barbare" un projet visant à faire disparaître un patrimoine au regard des centaines de morts que la Planète connaît de manière récurrente au fur et à mesure qu'elle avance dans la "civilisation".

Mais un patrimoine, ce n'est pas seulement une architecture belle, c'est aussi le témoignage de ce que nous fûmes, de ce que nous avons reçu et imprimé dans la rétine de notre mémoire.

Que dire aux futures décennies quand on enterre une abbaye du 13e siècle quelque part dans le 5eme arrondissement de Paris pour construire un parking de stationnement ? Que dire des vestiges déportés au cours de campagnes de razzias ou de conquêtes pour faire le bonheur des voleurs - n'ayons pas peur des mots - ou des conquérants qui s'approprient tout depuis les ruines sumériennes, akkadiennes, byzantines, les écrits mésopotamiens, les trésors de Salaheddine, l'obélisque d'Alexandrie ou le pillage des musées irakiens, ou encore la destruction d'un temple en Afghanistan, sous prétexte de science, de culture ou de religion ?

Aujourd'hui, on ne cache même plus de tels actes par de falacieux prétextes : on prend, un point, c'est tout.

Au milieu du fracas des batailles financières, pétrolières, territoriales, un port phénicien au Liban se demande pourquoi, après des centaines d'années, on lui reproche d'exister et de gêner surtout. Pour construire un immeuble à l'architecture sans saveur, symbole plus d'un tempérament prédateur que d'un désir de grandeur majestueuse...

Il est temps que les patrimoines de l'Humanité soit l'objet d'une Charte signée par tous les Etats s'engageant à assumer leur protection et leur entretien, au même ordre que l'environnement.

Car faire mourir les traces de notre Passé, c'est nous enlever notre Mémoire et notre Humanité.

F. C.-A.

Mondes Méditerranée N°4/Novembre 2011

mercredi 13 juillet 2011

Une action citoyenne dans une banlieue algéroise : la cité Malki ou le sourire retrouvé

Mondes Méditerranée a reçu ce témoignage de presse sur des Méditerranéens vivant en Algérie. Ce pays connaît en matière d'urbanisme et d'hygiène un problème d'une telle ampleur dans ses métropoles qu'il est devenu une question vitale. Ici, nous prenons connaissance d'une initiative citoyenne dans ce qui fut l'une des plus belles banlieues de la capitale algérienne et située sur les collines.

"Ce sont des citoyens anonymes. Ils n’adhèrent à aucun parti politique. Ils ne sont membres d’aucune association. Et ils sont animés par une fibre citoyenne, voire civique. Ce sont les habitants de la cité Malki, à Ben Aknoun, Alger.


Photo K. Smail.
Ces citoyens, investis d’une verve civique, chaque semaine depuis quatre mois, lancent des actions de volontariat au sein de la cité Malki. Des anciens, des jeunes et même des enfants mettent la main à la pâte. Ils ont initié des opérations de nettoyage, d’arrosage, de jardinage et d’hygiène au chapitre de la salubrité publique. L’idée a germé à l’issue d’une discussion autour d’un café quant à l’hygiène et l’esprit responsable des riverains. Ils se sont constitués en collectif, ne cessant de fédérer d’autres locataires. Même Mme l’ambassadrice d’Autriche a participé à ce volontariat. Ils ne rechignent guère devant l’effort. Ils sont disponibles. Ils sont heureux et ravis de montrer et démontrer leur altruisme. Car ils veulent que cela devienne une tradition, un réflexe hebdomadaire civique et, par conséquent, pédagogique. D’ailleurs, ces citoyens se sentent responsables à l’endroit des enfants en matière d’aires de jeux et de loisirs.

Ainsi, ont-ils initié des ateliers pédagogiques, didactiques, ludiques et des espaces où les petits s’adonnent aux activités d’éveil, notamment le dessin, avec un trait pictural les sensibilisant au respect et à la protection de l’environnement, à la fibre écologique et à avoir la main verte dans leur milieu urbain ambiant. Pour encourager les enfants à la lecture, l’on a offert plus de 100 ouvrages en anglais, français et arabe, des nouvelles, des contes, des bandes dessinées et des manuels de dessin et de peinture aux enfants. Et en prime, des billets pour assister au cirque Amar à Alger. C’est dire la pédagogie des citoyens de la cité Malki.

Belle leçon

Par ailleurs, les citoyens de la cité Malki honorent chaque vendredi un martyr de la Révolution algérienne, un ancien de la cité ou un ouvrier. Ainsi, un hommage posthume a été rendu au martyr Mohamed Malki, un postier assassiné le 22 avril 1962. Vendredi dernier, un autre vibrant hommage a été organisé à l’endroit de l’ancien moudjahid Yaloulène, un fidaï de la zone parisienne du FLN, ancien de la Fédération de France, ami très proche de Belkaïd, ancien ministre de la Culture, appelé «L’ange blanc» et qui a été incarcéré au pénitencier de Fresnes. Ammi Akli, un éboueur de la cité, a été honoré pour son abnégation au service des habitants de la cité Malki. Et puis, toutes ces actions bénévoles se terminent par une «couscous party» conviviale et familiale. Une B.A. citoyenne à saluer et à encourager tout bas !"
K. Smail


Les anciens de la cité Malki sont sur Facebook.



 
Mondes Méditerranée N° 3/ Juillet 2011 - Mémoires Vives

jeudi 7 juillet 2011

Fernand Braudel : "La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II"

Fernand Braudel (1902-1985), l'historien français qui nous apprendra la "nouvelle histoire", du moins comment l'aborder en y intégrant toutes les sciences humaines pour mieux la comprendre.

"Après avoir réussi l’agrégation, il occupe un poste en Algérie, de 1923 à 1932, où il découvre la mer Méditerranée. Le sujet de sa thèse est « La politique méditerranéenne à l’époque de Philippe II ». Sur le conseil de Lucien Febvre, il en change l’intitulé qui devient alors : « La Méditerranée à l’époque de Philippe II ». De 1935 à 1937, Braudel séjourne au Brésil, ce qui interrompt provisoirement son travail. Puis, de 1939 à 1945, c’est la Seconde Guerre mondiale et la captivité.
Pendant cette période, il rédige un premier manuscrit de sa thèse, travaillant de mémoire, sans notes, ni livres. La thèse est publiée en 1949 sous le titre La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. Rééditée en 1966, elle connaîtra plusieurs rééditions. En 1949 toujours, il est nommé professeur au Collège de France. En 1969, il publie des Ecrits sur l’histoire, un recueil d’articles à caractère méthodologique. De 1967 à 1979, il publie un autre ouvrage très important, Civilisation matérielle, économie et capitalisme du XVe au XVIIIe siècle. En 1986, paraît, à titre posthume, L’Identité de la France" (Source : http://thucydide.over-blog.net/article-6902714.html). 

Le grand ouvrage de Fernand Braudel est une démonstration sur un fait : la Méditerranée, contrairement à l'idée établie, continue d'être au coeur des mouvances économiques, politiques, sociales et culturelles. Le grand historien présente un travail remarquable, à l'instar de tout ce qu'il avait entrepris de son vivant, sur comment aborder et comprendre l'Histoire, ce qu'elle peut nous enseigner pour réflêchir sur le devenir de nos sociétés.

Fernand Braudel : "La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II" - Volume 1, La part du milieu - Volume 2, Destins collectifs et mouvements d'ensemble - Volume 3, Les mouvements, la politique et les hommes. Parus chez LGF.

A lire également du même auteur : "Les mémoires de la Méditerranée"; "Autour de la Méditerranée"; "La Méditerranée, l'espace et l'histoire"; "La Méditerranée : Les hommes et l'héritage".

Mondes Méditerranée N° 3/ Juillet 2011 - Mémoires Vives

vendredi 29 octobre 2010

Zohra Maldji : double riveraine de la Méditerranée

Zohra Maldji vit en France où elle est arrivée toute jeune, en compagnie de son époux qui y résidait déjà. Cette femme étonnante de vitalité n’a eu de cesse de se pencher sur le monde qui l’entoure, avide de lectures de grands auteurs classiques et moins classiques, ayant tenté une expérience politique locale, instruite de toutes les questions qui se posent à la société méditerranéenne d’aujourd’hui et, plus encore, défendant le statut de la femme non pas comme une féministe âpre au combat mais comme une femme pleine de générosité, d’humour, attentive aux siens et à ses amis ou à tous ceux qui l’abordent. Mondes Méditerranée a tenu à l’interviewer car elle est un lien intéressant à plus d’un titre entre la France et l’Algérie, deux pays jetant leurs ancres dans le bassin méditerranéen comme chacun le sait.

M. Méditerranée : Zohra Maldji, vous êtes mère de quatre enfants, vous travaillez dans un cabinet d’avocats mais l’on vous connaît en tant qu’auteur d’« Itinéraire d’une Frangérienne » qui raconte votre parcours personnel mêlé à celui de la ville dont vous êtes originaire, Ghazaouet. Pourquoi ce mot de Frangérienne ?Zohra Maldji : Parce que tout simplement, à cette époque, l’Algérie était un département français, et donc j’ai vécu sur un territoire qui était considéré comme français. Ce que ne nous le faisait pas oublier l’école, car tout ce que nous apprenions dans les livres de classe tournait autour de ce qui se faisait en France, le vécu au quotidien des Français, son histoire, sa géographie, ses us et coutumes, ses traditions, ses écrivains, ses poètes, ses musiciens, etc. Bref, tout le programme scolaire concernait la vie en France des Français et rien de ce qui se passait en Algérie !

Et bien entendu, une fois quitté le territoire français, à savoir l’école, je me retrouvais dans un autre territoire celui-là, un autre pays, mon pays, l’Algérie. Dans ma famille et dans mon entourage familier, je vivais d’autres histoires, d’autres traditions, d’autres coutumes, d’autres usages sur lesquels mes livres de classe étaient muets.

Mais dans la mesure où je me suis « abreuvée » à deux cultures différentes et que j’ai grandi dans deux mondes différents mais en parallèle, je ne pouvais nier ni rejeter l’apport que chacune d’elles m’a apporté et enrichie. Je ne pouvais pas, en mon âme et conscience, rejeter l’une de mes racines au détriment de l’autre. D’où le titre de Frangérienne, car je suis en même temps l’une et l’autre, et pas l’une sans l’autre...

M. Méditerranée : Au-delà de ce vécu franco-algérien, vous avez été plus loin car vous avez fait une grande exposition intitulée « De Nemours à Nemours », clin d’œil de Ghazaouet, ville algérienne, à Nemours, ville française. Cette exposition présentait des cartes postales anciennes, des livres et des objets traditionnels sur votre ville d’origine ; nous sommes curieux de savoir le pourquoi de ce titre sibyllin : « De Nemours à Nemours ».
Zohra Maldji :
Ce fut un choix, heureux, je dirais, de la responsable du service culturel de la ville de Nemours. Pourquoi ? Pour la simple raison que Ghazaouet s’appelait Nemours sous l’occupation française et ainsi le Nemours d’Algérie fait connaissance avec le Nemours de France.

M. Méditerranée : Il y a quelques mois, vous avez fondé l’association « Les amis de Ghazaouet ». On peut dire que vous avez une vraie passion pour ce port de la Méditerranée. Quelle est la mission de cette association ? Comment voyez-vous son développement ?
Zohra Maldji :
En fait, cette association a été créée après l’exposition qui a eu un grand succès, car les Nemouriens avaient été très impressionnés, puisque la plupart ignoraient absolument qu’une ville en Algérie s’appelait Nemours, du nom de leur propre ville, berceau des Ducs de Nemours, dont Louis-Philippe, père du Duc de Nemours, était le roi des Français à cette époque. Et c’est lors de la conférence que j’ai faite, qu’ils ont appris l’histoire de la ville de Nemours, donc de Ghazaouet, et pourquoi elle portait ce nom français.

Après la conférence, beaucoup de personnes m’ont dit que si je pouvais leur préparer un voyage et que si je les accompagnais moi-même, eh bien, elles iraient volontiers faire connaissance avec la ville et sa région, au patrimoine historique très riche, ne serait-ce qu’en se référant à la bataille de Sidi-Brahim où les troupes du général Bugeaud ont été défaites en 1845 par celles de l’Emir Abdelkader qui, comme on le sait, se rendra deux ans plus tard et toujours à Nemours, le Ghazaouet d’aujourd’hui.

J’ai donc créé mon association, Lalla Ghazwana, à cet effet, et en ce moment, je prépare déjà un programme de voyages pour le mois d’avril 2011, que je lancerai début septembre afin que les gens puissent le consulter et s’y inscrire.

M. Méditerranée : Au regard de ce qui vous pousse à aller toujours de l’avant, comment voyez-vous l’avenir des femmes en Méditerranée ? Etes-vous optimiste ?
Zohra Maldji :
L’avenir des femmes en Méditerranée serait certainement plus florissant et plus brillant, si elles étaient plus combatives et si elles prenaient leur destin en mains. Si elles veulent avancer et vivre pleinement leur vie, leurs passions, il faut qu’elles se libèrent de tous les jougs qui les retiennent et les gardent enfermées. Elles sont pourtant fortes, mais ont la faiblesse de se soumettre, parce que cela a toujours été comme ça. Et si elles ne changent pas elles-mêmes cet état de choses, il est sûr et certain que personne ne le fera pour elles.

Eh oui, je suis très positive ! Je vois toujours le verre à moitié plein…

M. Méditerranée : Vous êtes une femme extrêmement active. Avez-vous des projets en cours ? Aurons-nous le plaisir de lire un nouveau livre de votre cru ?
Zohra Maldji :
Oui, certainement, mais cette fois-ci ce sera tout à fait différent. Le roman historique auquel je me suis attelée est un travail de longue haleine et exigent, car les recherches sont minutieuses et, par ailleurs, en dehors de mon poste au cabinet d’avocats, je suis chroniqueuse littéraire pour le magazine algérien L’IvresCq... donc des journées bien chargées ! Mais cela ne fait rien, mon roman historique finira bien par voir le jour !

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Mondes Méditerranée remercie Mme Zohra Maldji pour lui avoir prêté quelques photographies de sa collection personnelle.


Mondes Méditerranée N° 2/ Août 2010 - Voix méditerranéennes

NAISSANCE DE MONDES MEDITERRANEE

Mondes Méditerranée est une suite logique à International NewsNet et Arabian People & Maghrebian World. Cependant, ces deux magazines étant assez spécialisés, nous souhaitons créer un espace qui donne la parole à des personnalités de grande réputation, des gens vivant en Méditerranée et cela, sur tous les plans : environnement, sciences sociales, religieux, vie au quotidien, philosophie... sans ostrascisme et sans sectarisme.

Fidèles à notre tradition de ne pas soulever de polémiques antagonistes, Mondes Méditerranée offre son espace afin que les uns apprennent à mieux connaître les autres : leurs traditions, leur pensée, leurs forces ou leurs faiblesses ; des interviews, des conférences et points de vue seront le cadre de ces matières. Des Mondes différents qu'unit et que nourrit cependant un seul berceau : la Méditerranée.

Il arrivera, certes, que des paroles soulèvent bien des interrogations, voire des oppositions. Nous n'avons pas vocation à cela, notre vision étant la Méditerranée, telle qu'elle vit aujourd'hui.

Les colonnes sont ouvertes aux deux rives de la Belle Bleue et nous tenterons, par ailleurs, de favoriser le multilinguisme, même si le français est la langue de base de ce magazine. Pour plus de compréhension, Mondes Méditerranée tentera de présenter une traduction autant que ses moyens techniques le lui permettront.

Mondes Méditerranée - Le Mot de la Rédaction - N° 1/ Juillet 2010