vendredi 29 octobre 2010

Zohra Maldji : double riveraine de la Méditerranée

Zohra Maldji vit en France où elle est arrivée toute jeune, en compagnie de son époux qui y résidait déjà. Cette femme étonnante de vitalité n’a eu de cesse de se pencher sur le monde qui l’entoure, avide de lectures de grands auteurs classiques et moins classiques, ayant tenté une expérience politique locale, instruite de toutes les questions qui se posent à la société méditerranéenne d’aujourd’hui et, plus encore, défendant le statut de la femme non pas comme une féministe âpre au combat mais comme une femme pleine de générosité, d’humour, attentive aux siens et à ses amis ou à tous ceux qui l’abordent. Mondes Méditerranée a tenu à l’interviewer car elle est un lien intéressant à plus d’un titre entre la France et l’Algérie, deux pays jetant leurs ancres dans le bassin méditerranéen comme chacun le sait.

M. Méditerranée : Zohra Maldji, vous êtes mère de quatre enfants, vous travaillez dans un cabinet d’avocats mais l’on vous connaît en tant qu’auteur d’« Itinéraire d’une Frangérienne » qui raconte votre parcours personnel mêlé à celui de la ville dont vous êtes originaire, Ghazaouet. Pourquoi ce mot de Frangérienne ?Zohra Maldji : Parce que tout simplement, à cette époque, l’Algérie était un département français, et donc j’ai vécu sur un territoire qui était considéré comme français. Ce que ne nous le faisait pas oublier l’école, car tout ce que nous apprenions dans les livres de classe tournait autour de ce qui se faisait en France, le vécu au quotidien des Français, son histoire, sa géographie, ses us et coutumes, ses traditions, ses écrivains, ses poètes, ses musiciens, etc. Bref, tout le programme scolaire concernait la vie en France des Français et rien de ce qui se passait en Algérie !

Et bien entendu, une fois quitté le territoire français, à savoir l’école, je me retrouvais dans un autre territoire celui-là, un autre pays, mon pays, l’Algérie. Dans ma famille et dans mon entourage familier, je vivais d’autres histoires, d’autres traditions, d’autres coutumes, d’autres usages sur lesquels mes livres de classe étaient muets.

Mais dans la mesure où je me suis « abreuvée » à deux cultures différentes et que j’ai grandi dans deux mondes différents mais en parallèle, je ne pouvais nier ni rejeter l’apport que chacune d’elles m’a apporté et enrichie. Je ne pouvais pas, en mon âme et conscience, rejeter l’une de mes racines au détriment de l’autre. D’où le titre de Frangérienne, car je suis en même temps l’une et l’autre, et pas l’une sans l’autre...

M. Méditerranée : Au-delà de ce vécu franco-algérien, vous avez été plus loin car vous avez fait une grande exposition intitulée « De Nemours à Nemours », clin d’œil de Ghazaouet, ville algérienne, à Nemours, ville française. Cette exposition présentait des cartes postales anciennes, des livres et des objets traditionnels sur votre ville d’origine ; nous sommes curieux de savoir le pourquoi de ce titre sibyllin : « De Nemours à Nemours ».
Zohra Maldji :
Ce fut un choix, heureux, je dirais, de la responsable du service culturel de la ville de Nemours. Pourquoi ? Pour la simple raison que Ghazaouet s’appelait Nemours sous l’occupation française et ainsi le Nemours d’Algérie fait connaissance avec le Nemours de France.

M. Méditerranée : Il y a quelques mois, vous avez fondé l’association « Les amis de Ghazaouet ». On peut dire que vous avez une vraie passion pour ce port de la Méditerranée. Quelle est la mission de cette association ? Comment voyez-vous son développement ?
Zohra Maldji :
En fait, cette association a été créée après l’exposition qui a eu un grand succès, car les Nemouriens avaient été très impressionnés, puisque la plupart ignoraient absolument qu’une ville en Algérie s’appelait Nemours, du nom de leur propre ville, berceau des Ducs de Nemours, dont Louis-Philippe, père du Duc de Nemours, était le roi des Français à cette époque. Et c’est lors de la conférence que j’ai faite, qu’ils ont appris l’histoire de la ville de Nemours, donc de Ghazaouet, et pourquoi elle portait ce nom français.

Après la conférence, beaucoup de personnes m’ont dit que si je pouvais leur préparer un voyage et que si je les accompagnais moi-même, eh bien, elles iraient volontiers faire connaissance avec la ville et sa région, au patrimoine historique très riche, ne serait-ce qu’en se référant à la bataille de Sidi-Brahim où les troupes du général Bugeaud ont été défaites en 1845 par celles de l’Emir Abdelkader qui, comme on le sait, se rendra deux ans plus tard et toujours à Nemours, le Ghazaouet d’aujourd’hui.

J’ai donc créé mon association, Lalla Ghazwana, à cet effet, et en ce moment, je prépare déjà un programme de voyages pour le mois d’avril 2011, que je lancerai début septembre afin que les gens puissent le consulter et s’y inscrire.

M. Méditerranée : Au regard de ce qui vous pousse à aller toujours de l’avant, comment voyez-vous l’avenir des femmes en Méditerranée ? Etes-vous optimiste ?
Zohra Maldji :
L’avenir des femmes en Méditerranée serait certainement plus florissant et plus brillant, si elles étaient plus combatives et si elles prenaient leur destin en mains. Si elles veulent avancer et vivre pleinement leur vie, leurs passions, il faut qu’elles se libèrent de tous les jougs qui les retiennent et les gardent enfermées. Elles sont pourtant fortes, mais ont la faiblesse de se soumettre, parce que cela a toujours été comme ça. Et si elles ne changent pas elles-mêmes cet état de choses, il est sûr et certain que personne ne le fera pour elles.

Eh oui, je suis très positive ! Je vois toujours le verre à moitié plein…

M. Méditerranée : Vous êtes une femme extrêmement active. Avez-vous des projets en cours ? Aurons-nous le plaisir de lire un nouveau livre de votre cru ?
Zohra Maldji :
Oui, certainement, mais cette fois-ci ce sera tout à fait différent. Le roman historique auquel je me suis attelée est un travail de longue haleine et exigent, car les recherches sont minutieuses et, par ailleurs, en dehors de mon poste au cabinet d’avocats, je suis chroniqueuse littéraire pour le magazine algérien L’IvresCq... donc des journées bien chargées ! Mais cela ne fait rien, mon roman historique finira bien par voir le jour !

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Mondes Méditerranée remercie Mme Zohra Maldji pour lui avoir prêté quelques photographies de sa collection personnelle.


Mondes Méditerranée N° 2/ Août 2010 - Voix méditerranéennes

NAISSANCE DE MONDES MEDITERRANEE

Mondes Méditerranée est une suite logique à International NewsNet et Arabian People & Maghrebian World. Cependant, ces deux magazines étant assez spécialisés, nous souhaitons créer un espace qui donne la parole à des personnalités de grande réputation, des gens vivant en Méditerranée et cela, sur tous les plans : environnement, sciences sociales, religieux, vie au quotidien, philosophie... sans ostrascisme et sans sectarisme.

Fidèles à notre tradition de ne pas soulever de polémiques antagonistes, Mondes Méditerranée offre son espace afin que les uns apprennent à mieux connaître les autres : leurs traditions, leur pensée, leurs forces ou leurs faiblesses ; des interviews, des conférences et points de vue seront le cadre de ces matières. Des Mondes différents qu'unit et que nourrit cependant un seul berceau : la Méditerranée.

Il arrivera, certes, que des paroles soulèvent bien des interrogations, voire des oppositions. Nous n'avons pas vocation à cela, notre vision étant la Méditerranée, telle qu'elle vit aujourd'hui.

Les colonnes sont ouvertes aux deux rives de la Belle Bleue et nous tenterons, par ailleurs, de favoriser le multilinguisme, même si le français est la langue de base de ce magazine. Pour plus de compréhension, Mondes Méditerranée tentera de présenter une traduction autant que ses moyens techniques le lui permettront.

Mondes Méditerranée - Le Mot de la Rédaction - N° 1/ Juillet 2010